Il y a vingt ans, une boîte de chlorate de soude trônait dans presque tous les abris de jardin. Quelques poignées diluées dans l’arrosoir et les allées restaient nettes pour la saison entière. Mais, ce sel blanc a été retiré du marché et pour de bonnes raisons. Son interdiction, les dangers qui l’ont motivée et les solutions qui permettent aujourd’hui de garder un extérieur propre sans abîmer la terre méritent d’être passés en revue.
Chlorate de soude, un désherbant total interdit depuis 2010
Le chlorate de soude, de son nom chimique chlorate de sodium, est un sel obtenu par électrolyse d’une saumure, autrement dit d’une eau très salée. Vendu sous forme de cristaux blancs très solubles, il agissait comme un herbicide non sélectif, il détruisait tout ce qui poussait, racines comprises, sans distinguer la mauvaise herbe du rosier voisin. L’Union européenne a refusé de l’inscrire sur la liste des substances actives autorisées fin 2008 et la France a suivi avec un calendrier de retrait achevé au printemps 2010.
- La formule chimique du produit est NaClO3, un sel de sodium de l’acide chlorique.
- La Commission européenne a acté sa non-inscription le 10 novembre 2008.
- Son utilisation par les jardiniers est totalement proscrite en France depuis mai 2010, après une période d’écoulement des stocks.
- Selon la dose et la nature du terrain, un sol traité pouvait rester stérile de six mois à plusieurs années.
- Depuis le 1er janvier 2019, la loi Labbé interdit aussi aux particuliers d’acheter, de stocker et d’utiliser tout pesticide chimique de synthèse.
- L’utilisation d’un produit phytopharmaceutique non autorisé est passible de six mois d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende selon le Code rural.
Le chlorate de sodium reste fabriqué en grande quantité pour l’industrie, notamment pour produire le dioxyde de chlore qui sert à blanchir la pâte à papier. C’est son usage au jardin, dispersé sans contrôle dans la nature, qui a été jugé inacceptable, alors que les herbicides réservés aux professionnels s’appliquent selon des quantités précises, comme la dose de Garlon à l’hectare calculée en fonction de la végétation à traiter.
Sol, eau, santé, les raisons d’une interdiction
Très soluble, le sel ne reste pas sagement là où on le verse, la pluie l’entraîne vers les pelouses voisines, les massifs et, à terme, les nappes phréatiques. Ceux qui ont traité une allée en bordure de haie connaissent bien ce scénario de thuyas qui jaunissent mystérieusement quelques mois plus tard.
Côté santé, le chlorate gêne l’absorption de l’iode par la thyroïde et, à forte dose, altère la capacité du sang à transporter l’oxygène. Les enfants et les animaux domestiques qui jouent sur un sol traité ou boivent dans une flaque contaminée sont les premiers exposés. L’Europe a d’ailleurs fixé en 2020 des limites maximales de résidus de chlorate dans les aliments.
Un vieux bidon au fond du garage, que faire ?
Beaucoup de maisons abritent encore une boîte achetée avant 2010, parfois laissée par les anciens propriétaires. La tentation est grande de s’en servir une dernière fois, mais l’usage reste illégal quelle que soit la date d’achat, et le produit n’a rien perdu de sa dangerosité avec les années.
La seule solution consiste à le porter en déchetterie, dans son emballage d’origine bien fermé, où il rejoindra la filière des déchets diffusés spécifiques. Il ne faut jamais le vider dans l’évier, les toilettes ou un coin du jardin, ni le jeter avec les ordures ménagères. Si la boîte est abîmée ou si les cristaux ont durci, placez-la dans un sac plastique épais et stockez-la loin de tout combustible jusqu’au dépôt.

Désherber légalement, les solutions qui ont pris le relais
Le glyphosate, souvent cité comme remplaçant, est lui aussi interdit aux jardiniers amateurs depuis 2019. Les particuliers ne peuvent plus utiliser que des produits de biocontrôle portant la mention emploi autorisé dans les jardins, dont le plus répandu est l’acide pélargonique. Cet acide gras d’origine végétale dessèche le feuillage en quelques heures, mais son action reste superficielle, les vivaces comme le pissenlit ou le chiendent repartent de leurs racines au bout de quelques semaines.
Le désherbeur thermique, au gaz ou électrique, fait éclater les cellules des plantes par un choc de chaleur et convient bien aux pavés comme aux graviers. L’eau bouillante, notamment l’eau de cuisson des pommes de terre ou des pâtes, produit le même effet sur les petites surfaces, à condition de répéter l’opération sur les repousses.
Vinaigre et gros sel, des recettes de grand-mère à manier avec recul
Sur les forums, le mélange de vinaigre blanc et de gros sel passe souvent pour le successeur naturel du chlorate. Il agit sur les jeunes pousses, mais le vinaigre n’est pas homologué comme désherbant et son acidité touche aussi les vers de terre et la microfaune du sol.
Le sel pose un problème encore plus sérieux et l’ironie est frappante. En s’accumulant, le sodium déstructure la terre et la rend infertile pour longtemps, exactement comme le faisait le chlorate de soude. Sur une cour pavée loin de toute plantation, un usage ponctuel limite les dégâts, mais près d’un massif, d’une haie ou d’un potager, mieux vaut ranger la salière et sortir la binette.

Un extérieur net sans stériliser la terre
Le chlorate de soude appartient désormais au passé, et ses effets sur les sols, l’eau et la santé justifient largement ce retrait. Les jardiniers qui en conservent un stock n’ont qu’une chose à faire, le déposer en déchetterie.
Pour le reste, le désherbage d’aujourd’hui repose moins sur un produit miracle que sur une combinaison de gestes simples. Paillage, couvre-sols, désherbeur thermique et passages réguliers à la binette donnent des allées nettes, tout en préservant la vie du sol qui fait la beauté d’un jardin.